Le conseil

Fernand Oury[1] avait l’habitude de comparer le Conseil aux organes du corps humain:

  1. Le Conseil comme œil du groupe. Lors du Conseil, sont dévoilés les comportements de chacun, des informations utiles au(x) groupe(s), l’état d’avancement des travaux.
  2. Le Conseil comme cerveau du groupe. Le Conseil est l’instrument privilégié pour analyser, évaluer et ajuster les décisions collectives ; il détecte les défauts d’organisation ; il enregistre les décisions prise.
  3. Le Conseil comme rein du groupe. Le Conseil est un filtre qui a comme objet d’éliminer les conflits perturbateurs à la vie du groupe. Pour l’enfant, le Conseil est la certitude que sa parole sera entendue et prise en compte par le groupe. Les passages à l’acte sont remplacés par une intellectualisation et une verbalisation, amenant l’enfant à accepter de différer progressivement son règlement jusqu’au moment du Conseil. Les petits conflits sont éliminés.
  1. Le Conseil comme cœur du groupe. Le groupe prend peu à peu conscience des différences de chacun et de l’importance de tout le monde. Les enfants comprennent leur propre rôle dans la prise en charge des éléments les plus faibles ou les plus perturbateurs. L’entraide y est incitée par nature.

Le Conseil est aussi un apprentissage par l’exemple, d’une mini-société qui a des lois, des règles, qui les respecte et les fait respecter (justice), qui les met en place, les ajuste (gouvernement, parlement). C’est surtout un formidable moyen de mettre en place une instruction civique comprise, intégrée et respectée de tous, de par la place prépondérante donnée à une parole de vérité et à des institutions connues et reconnues.

Dans la classe, un Conseil de coopérative a lieu une fois par semaine, le vendredi en dernière heure. Ce Conseil est présidé par un enfant qui est au minimum Ceinture Verte[2].

Le Conseil a comme objectifs de résoudre les problèmes qui se posent dans la classe, de parler de ce qui va et de ce qui ne va pas, et surtout de proposer des améliorations au fonctionnement. C’est surtout un apprentissage à part entière de la citoyenneté, en montrant aux enfants que la Loi est objective et que les conflits ne peuvent pas être réglés de manière arbitraire, mais par le respect de lois et de règles écrites et connues de tous.

Une partie du budget de la coopérative de classe est gérée par le Conseil.

Quand j’avais des CE1/CE2, les enfants désireux de passer leur Ceinture Verte devaient obligatoirement expliquer au maître ou à une Ceinture Bleue, le fonctionnement du Conseil et dire ce qu’ils feraient s’ils devenaient Président. Lors de cette épreuve, on lui posait des questions afin de vérifier s’il avait bien compris le déroulement du Conseil. Une fois la Ceinture obtenue, un enfant Ceinture Verte pouvait cependant se faire aider d’un autre enfant, lorsqu’il présidait le Conseil.

Avec des CM, j’ai préféré laisser à l’enfant, désirant présider pour la première fois, la possibilité de choisir un tuteur pour le seconder dans sa présidence. On considérait que l’enfant savait présider (pour passer la Ceinture Bleue) uniquement s’il avait réussi à présider seul ou bien si son tuteur n’était pas intervenu.

Le Conseil se déroule globalement toujours de la même manière. Les formules ne sont pas figées mais sont là pour conférer une structure et une certaine solennité au Conseil.

Afin d’aider les enfants qui président, un aide-mémoire leur est proposé. Cet aide-mémoire se présente sous la forme d’un carton plastifié, sur lequel est visualisé l’organigramme du Conseil, sous la forme des phrases principales que le Président aura à prononcer. Cet aide-mémoire ne doit être considéré que comme une aide pour le Président et non comme une obligation.

En CM1/CM2 cet aide-mémoire devient très vite inutile pour les enfants, afin d’éviter de les enfermer dans un fonctionnement trop rigide. Sur une classe à double niveau, le fonctionnement se met en place par l’intermédiaire des plus anciens qui le transmettent aux plus jeunes. Ce fonctionnement évolue progressivement et les rigidités disparaissent au fur et à mesure. Le maître y est souvent pour quelque chose[3]

Le système d’élection des responsables se simplifie : les enfants désirant postuler se lèvent à la demande du Président. Le Président nomme successivement les différents postulants et chaque enfant de la classe vote une fois. Je remarque souvent que dans ma classe de CM1/CM2 apparait un esprit de groupe important pour les plus grands, qui vont parvenir à faire bloc lors des votes, alors que les plus jeunes dispersent leur voix. Par conséquent, les CM2, même quand ils sont moins nombreux, réussissent souvent à obtenir les fonctions convoitées…

L’apprentissage du rôle de Président est coopératif. Plus besoin de montrer que l’on est capable préalablement. Toute Ceinture Verte a ici le droit de présider. Elle choisit pour cela un enfant qui a l’habitude de présider et qui va l’aider à la fois en amont, dans la préparation du Conseil (lecture du cahier de Conseil et préparation du cahier de comptes rendus, médiations auprès des enfants inscrits dans le cahier) et durant le Conseil lui-même.

Page précédente Page suivante


[1] Voir la note 28, page 21.

[2] Voir les droits de la Ceinture verte au chapitre 6.

[3] Pour cela j’utilise plusieurs moyens :

En dehors du Conseil, quand un enfant me fait la remarque que telle ou telle chose ne va pas, je lui fais remarquer qu’il lui est possible de réfléchir à une solution qui conviendrait mieux et d’inscrire cette proposition dans le cahier du Conseil.

Je m’autorise également à intervenir durant le Conseil lorsque le président du Conseil ne fait pas preuve de neutralité ou s’il laisse des enfants aller dans une direction qui me parait inacceptable (Loi n°8).

Je peux également intervenir lors du bilan de la Présidence ou hors Conseil pour signifier qu’un comportement du groupe n’est pas juste : « Je trouve que certains enfants ne sont jamais choisis pour telle ou telle fonction ». Je ne donne pas de solution, et je laisse au groupe classe le temps d’intégrer ma remarque (si la Loi 8 n’est pas en cause). Parfois, il faudra plusieurs semaines pour qu’un enfant fasse, à son compte, une proposition, montrant ainsi que le groupe a intégré ma remarque.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.

Quand j'entends, j'oublie. Quand je vois, je me souviens. Quand je fais, je comprends. (Confucius)