Avant propos

Je ne me considère pas comme un enseignant charismatique, pour qui l’autorité serait une ressource naturelle, sur laquelle je pourrais m’appuyer afin d’établir le calme dans ma classe. Je ne me considère pas non plus comme étant un enseignant débordé par ses élèves.  La vérité est sans doute, comme pour beaucoup d’enseignants, entre les deux. Disons qu’il peut y avoir dans ma classe des moments de débordement, mais que je reste capable de rétablir l’ordre quand cela le devient nécessaire. Ce qui est certain, c’est que j’ai voulu me rassurer en institutionnalisant un fonctionnement me permettant de pouvoir faire travailler mes élèves sans passer trop de temps à régler les problèmes et ce, quelle qu’en soit mon humeur.

L’idée de mettre en place les Ceintures de Comportement dans ma classe fait suite à un long cheminement, alimenté par mes lectures, mes rencontres, mes expériences. Ce que j’ai mis en place, en 2003, dans une classe de CE1-CE2, est parti de ce qui s’était pratiqué l’année précédente, avec le groupe classe dont j’avais hérité en arrivant sur l’école. La maîtresse, qui avait remplacé sur le long terme l’enseignante titulaire, avait pris l’habitude de donner une note de conduite, chaque semaine, à ses élèves. Je me suis étonné intérieurement de cette pratique que je croyais révolue.

Le groupe classe dont j’héritais était « coriace » (un nombre important d’enfants signalé au RASED [1] ). J’ai dû rapidement instituer des règles pour que nous puissions travailler sereinement. Je me suis dit que finalement, continuer avec la note de conduite qu’ils connaissaient, pouvait être un début.

Mais je ne voyais pas trop comment donner objectivement une telle note à mes élèves. Beaucoup de questions apparaissaient suite à ce choix. Comment étalonner un tel système ? Quel comportement serait assimilable à la note maximale ? Comment perdrait-on des points ? Combien ? Pour quoi faire ?  Qu’aurait-il fallu avoir comme comportement pour atteindre la note minimale ?

J’ai eu l’idée d’attribuer à chaque enfant dix points chaque semaine qu’ils acquerraient automatiquement, chaque lundi. Toute remarque de ma part à propos de leur comportement leur ferait perdre un point. Les points perdus seraient matérialisés par des cases de plus en plus grandes[2] qui seraient coloriées au fur et à mesure. Ce qui leur resterait comme points à la fin de la semaine serait la note de conduite que je reporterais sur leur cahier du jour, et qu’ils feraient signer par leurs parents[3].

L’année se déroula plutôt bien, sans que je puisse me souvenir si la note de conduite y était pour quelque chose.

C’est durant les vacances d’été suivantes que l’idée me vint de rationaliser le fonctionnement entrepris. Je me suis bien sûr inspiré de mes lectures sur la pédagogie institutionnelle et de ce qui se faisait dans quelques classes Freinet où je m’étais rendu. Je réfléchis à tous les points que j’avais trouvés problématiques dans mon fonctionnement, notamment le fait que les enfants perdaient un point quelle que soit la gravité de l’acte commis.

Tout vint d’un seul coup, sans que je puisse distinguer quelle part venait réellement de moi, de mes réflexions non abouties, et quelle était celle qui avait été influencée par mes recherches, mes lectures, mes rencontres : le principe du permis de conduite pour remplacer la feuille de conduite ; les Ceintures de Comportement [4] pour différencier les Droits et les Devoirs en fonction du comportement observé; le barème des points perdus en fonction de la gravité de chaque infraction ; la pastille rouge pour sanctionner les écarts…

Je le mis en place dès la rentrée suivante et cela fonctionna tout de suite[5]. Lors de cette première année de fonctionnement, je préférai conserver le principe de la note de conduite qui était une transposition du nombre de points restants sur le permis de conduite. L’année d’après, je me résolus à ne plus communiquer cette note de conduite aux parents, afin de vérifier si cela avait une quelconque influence sur le comportement des enfants. Je me suis vite aperçu que rien n’était bouleversé : les Ceintures avaient un fonctionnement autonome qui n’était nullement influencé par une éventuelle « pression » des parents sur leur enfant. Les Ceintures de Comportement avaient leur équilibre propre.

Ce que je mis en place dans cette classe de CE1-CE2 resta cantonné à l’échelle de ma seule classe durant deux ou trois années. Par la suite, une collègue, puis deux se lancèrent.

Malgré les explications, je m’aperçus que certaines particularités du fonctionnement que j’avais imaginé, n’avaient pas été bien comprises[6] par mes collègues. Je me résolus à mettre par écrit[7] le fonctionnement afin que cela soit plus clair, pour les autres déjà, mais également pour moi.

Là aussi, je m’aperçus que des collègues, qui lisaient mes seules explications, ne parvenaient pas à comprendre l’intégralité du fonctionnement.  Il leur arrivait de modifier certains points[8] qui me paraissaient essentiels, déséquilibrant ainsi la cohérence globale.

C’est pour ces raisons que je fus tenté de détailler davantage les explications données.

Il n’est pas inutile de préciser ici qu’il existe, dans les écoles, de multiples formes de Ceintures de Comportement. Ainsi, les Ceintures de Comportement mises en place par un enseignant dans sa propre classe, vont différer sur le fond et dans la forme avec ce qu’un autre enseignant mettra en place sous le même nom. En effet, le terme générique « Ceintures de Comportement » ne reprend que le principe imaginé par Fernand Oury dans une classe fonctionnant en pédagogie institutionnelle. Mais cette démarche est, pour ce dernier, globale et cohérente.

Beaucoup d’enseignants ont repris ce principe[9] mais avec des fonctionnements totalement différents. La démarche utilisée est souvent mûrement réfléchie, mais parfois pas. Les fonctionnements peuvent être cohérents et parfois pas.

Cet exposé tente de retracer la démarche globale d’un enseignant utilisant un fonctionnement original des Ceintures de Comportement. Nous ne sommes plus ici totalement en pédagogie institutionnelle, mais nous essayons toutefois d’en garder la cohérence.

Ce travail s’adresse aux enseignants et pourquoi pas à des éducateurs, des animateurs, des parents qui voudraient réfléchir à cette question du vivre ensemble. Ils devraient pouvoir y trouver des pistes, des éléments de réflexion leur permettant de mettre en place un tel fonctionnement, dans leur classe, leur école, leur structure…

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[1] Réseau d’Aide et de Soutien aux Élèves en Difficulté.

[2] L’idée était qu’ils puissent visualiser au fur et à mesure qu’ils perdaient des points, une surface colorée de plus en plus grande. Cela leur montrait alors que les premières infractions n’étaient pas graves, mais qu’en avoir beaucoup l’était davantage.

[3] Là aussi je reprenais les pratiques utilisées par l’enseignante précédente, avec les élèves de cette classe.

[4] Voir cette version originelle dans l’annexe.

[5] Comme j’avais un double niveau CE1-CE2, la plupart des élèves de CE2 étaient ceux que j’avais eus en CE1 l’année précédente.

[6] Une collègue se retrouva très vite avec plus de la moitié de sa classe avec la Ceinture maximale. Comme je m’en étonnais, je m’aperçus qu’elle vérifiait bien que les enfants avaient le nombre de points adéquat pour passer la Ceinture supérieure, mais qu’elle avait oublié de vérifier que cela était bien le cas également pour les deux semaines précédentes.

[7] Voir http://tcherome.fr ou http://lecolier.fr

[8] Notamment le fait que l’enseignant n’avait pas son mot à dire lors d’un passage de Ceinture. Beaucoup d’enseignants vivent cela comme une perte de leur « souveraineté ». Pour moi, l’enfant doit suivre une procédure déterminée, écrite et visible par tous. Chaque enfant doit pouvoir à tout moment visualiser ce qui lui reste à faire pour obtenir une Ceinture supérieure. Quand il parvient à respecter l’ensemble des critères, la Ceinture est actée de manière automatique. Ce n’est pas l’enseignant qui accorde la Ceinture, mais plutôt le conseil qui valide un processus engagé par l’enfant lui-même.

[9] En général, il s’agit uniquement d’une organisation de classe s’appuyant sur une hiérarchisation des droits.

 

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