Enseignement moral et civique

Principes généraux

Articulés aux finalités éducatives générales définies par la loi du 8 juillet 2013 d’orientation et de programmation pour la refondation de l’École de la République, les axes principaux du programme d’enseignement moral et civique de l’école élémentaire au lycée se fondent sur les principes et les valeurs inscrits dans les grandes déclarations des Droits de l’homme, la Convention internationale des droits de l’enfant et dans la Constitution de la Ve République.

1. L’éducation morale n’est pas du seul fait ni de la seule responsabilité de l’école ; elle commence dans la famille. L’enseignement moral et civique porte quant à lui sur les principes et valeurs nécessaires à la vie commune dans une société démocratique. Il se fait dans le cadre laïque qui est celui de la République et de l’école. Ce cadre impose de la part des personnels de l’éducation nationale une évidente obligation de neutralité, mais celle-ci ne doit pas conduire à une réticence, voire une abstention, dans l’affirmation des valeurs transmises. Les enseignants et les personnels d’éducation sont au contraire tenus de promouvoir ces valeurs dans tous les enseignements et dans toutes les dimensions de la vie scolaire.

2. Cet enseignement a pour objet de transmettre et de faire partager les valeurs de la République acceptées par tous, quelles que soient les convictions, les croyances ou les choix de vie personnels. Ce sont les valeurs et les normes impliquées par l’acte même d’éduquer telle qu’une école républicaine et laïque peut en former le projet. Elles supposent une école à la fois exigeante et bienveillante qui favorise l’estime de soi et la confiance en soi des élèves, conditions indispensables à la formation globale de leur personnalité. Cet enseignement requiert de l’enseignant une attitude à la fois compréhensive et ferme. À l’écoute de chacun, il encourage l’autonomie, l’esprit critique et de coopération. Il veille à éviter toute discrimination et toute dévalorisation entre élèves.

3. Les connaissances et compétences à faire acquérir ne sont pas juxtaposées les unes aux autres. Elles s’intègrent dans une culture qui leur donne sens et cohérence et développe les dispositions à agir de façon morale et civique.

4. L’enseignement moral et civique a pour but de favoriser le développement d’une aptitude à vivre ensemble dans une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Il met en œuvre quatre principes a)- penser et agir par soi-même et avec les autres et pouvoir argumenter ses positions et ses choix (principe d’autonomie) b)- comprendre le bien-fondé des normes et des règles régissant les comportements individuels et collectifs, les respecter et agir conformément à elles (principe de discipline) c)- reconnaître le pluralisme des opinions, des convictions, des croyances et des modes de vie (principe de la coexistence des libertés) ; d)- construire du lien social et politique (principe de la communauté des citoyens).

5. L’enseignement moral et civique privilégie la mise en activité des élèves. Il suppose une cohérence entre ses contenus et ses méthodes (discussion, argumentation, projets communs, coopération…). Il prend également appui sur les différentes instances qui permettent l’expression des élèves dans les écoles et les collèges.

6. L’enseignement moral et civique doit avoir un horaire spécialement dédié. Mais il ne saurait se réduire à être un contenu enseigné « à côté » des autres. Tous les enseignements à tous les degrés doivent y être articulés en sollicitant les dimensions émancipatrices et les dimensions sociales des apprentissages scolaires, tous portés par une même exigence d’humanisme. Tous les domaines disciplinaires ainsi que la vie scolaire contribuent à cet enseignement.

7. Les connaissances et les compétences visées par l’enseignement moral et civique se construisent progressivement en lien avec la maturité de l’élève et son développement psychologique et social. Cela nécessite la reprise des objets enseignés et la consolidation des acquis en suivant des démarches diversifiées et adaptées à l’âge des élèves, afin que l’équipe puisse construire sur chacun des cycles une progression définie autour de quelques repères annuels.

8. Le caractère spécifique de l’enseignement moral et civique suppose la valorisation du travail en groupe ainsi que le recours à des travaux interdisciplinaires ; cet enseignement fait l’objet d’une évaluation qui porte sur des connaissances et des compétences mises en œuvre dans des activités personnelles ou collectives et non sur le comportement de l’élève.

Finalités

Loin de l’imposition de dogmes ou de modèles de comportements, l’enseignement moral et civique vise à l’acquisition d’une culture morale et civique et d’un esprit critique qui ont pour finalité le développement des dispositions permettant aux élèves de devenir progressivement conscients de leurs responsabilités dans leur vie personnelle et sociale. Cet enseignement articule des valeurs, des savoirs et des pratiques.

Valeurs

La morale enseignée à l’école est une morale civique en lien étroit avec les principes et les valeurs de la citoyenneté républicaine et démocratique. Ces valeurs sont la liberté, l’égalité, la fraternité, la laïcité, la solidarité, l’esprit de justice, le respect et l’absence de toutes formes de discriminations.

Savoirs

Cet enseignement requiert l’appropriation de savoirs (littéraires, scientifiques, historiques, juridiques…). Il n’existe pas de culture morale et civique sans les connaissances qui instruisent et éclairent les choix et l’engagement éthiques et civiques des personnes.

Pratiques

Développer les dispositions morales et civiques, c’est développer une disposition à raisonner, à prendre en compte le point de vue de l’autre et à agir. L’enseignement moral et civique est par excellence un enseignement qui met les élèves en activité individuellement et collectivement. Il n’est ni une simple exhortation édifiante, ni une transmission magistrale de connaissances et de valeurs. Il s’effectue, autant que possible, à partir de situations pratiques, dans la classe et dans la vie scolaire, au cours desquelles les élèves éprouvent la valeur et le sens de cet enseignement (conseils d’élèves, mise en scène de dilemmes moraux, jeux de rôles, débats réglés…).

Architecture

La culture morale et civique comporte quatre dimensions, liées entre elles : une dimension sensible, une dimension normative, une dimension cognitive et une dimension pratique.

La sensibilité

La sensibilité est une composante essentielle de la vie morale et civique : il n’y a pas de conscience morale qui ne s’émeuve, ne s’enthousiasme ou ne s’indigne. L’éducation à la sensibilité vise à mieux connaître et identifier ses sentiments et émotions, à les mettre en mots et à les discuter, et à mieux comprendre ceux d’autrui.

Le droit et la règle

L’éducation au droit et à la règle vise à faire acquérir le sens des règles au sein de la classe, de l’école ou de l’établissement. Elle a pour finalité de faire comprendre comment, au sein d’une société démocratique, des valeurs communes s’incarnent dans des règles communes. Elle tient compte du fait que les qualités attendues des futurs citoyens sont destinées à s’exprimer dans un cadre juridique et réglementaire donné que ces mêmes citoyens peuvent faire évoluer.

Le jugement

La formation du jugement moral doit permettre de comprendre et de discuter les choix moraux que chacun rencontre dans sa vie. C’est le résultat d’une éducation et d’un enseignement qui demandent, pour les élèves, d’appréhender le point de vue d’autrui, les différentes formes de raisonnement moral, d’être mis en situation d’argumenter, de délibérer en s’initiant à la complexité des problèmes moraux, et de justifier leurs choix. Les élèves sont des sujets dont l’autonomie ne peut être progressivement acquise que s’ils ont la capacité de veiller à la cohérence de leur pensée, à la portée de leurs paroles et à la responsabilité de leurs actions. Le développement du jugement moral, modulé selon les âges, fait appel de manière privilégiée aux capacités d’analyse, de discussion, d’échange, de confrontation des points de vue dans des situations problèmes. Il demande une attention particulière au travail du langage, dans toutes ses expressions écrites ou orales.

L’engagement

On ne saurait concevoir un enseignement visant à former l’homme et le citoyen sans envisager sa mise en pratique dans le cadre scolaire et plus généralement la vie collective. L’école doit permettre aux élèves de devenir acteurs de leurs choix, et de participer à la vie sociale de la classe et de l’établissement dont ils sont membres. L’esprit de coopération doit être encouragé, la responsabilité vis-à-vis d’autrui mise à l’épreuve des faits.

Organisation des tableaux

Les différentes dimensions de l’enseignement moral et civique se construisent de façon continue et progressive du début du cycle 2 jusqu’à la fin du cycle 4 en prenant appui sur le travail accompli à l’école maternelle. Les objectifs de formation sont donc, pour chaque dimension, identiques aux cycles 2, 3 et 4. Les compétences, connaissances, attitudes et objets d’enseignement mentionnés dans les colonnes précisent la progressivité de la formation de l’élève d’un cycle à l’autre.


Cycle 2

La sensibilité : soi et les autres
Objectifs de formation

1. Identifier et exprimer en les régulant ses émotions et ses sentiments.

2. S’estimer et être capable d’écoute et d’empathie.

3. Se sentir membre d’une collectivité.

Connaissances, capacités et attitudes visées Objets d’enseignement Exemples de pratiques en classe, à l’école, dans l’établissement
1/a – Identifier et partager des émotions, des sentiments dans des situations et à propos d’objets diversifiés : textes littéraires, œuvres d’art, la nature, débats portant sur la vie de la classe.

 

 

 

– Connaissance et reconnaissance des émotions de base (peur, colère, tristesse, joie).

– Connaissance et structuration du vocabulaire des sentiments et des émotions.

– Expérience de la diversité des expressions des émotions et des sentiments.

– Apprendre les techniques des « messages clairs » pour exprimer ses émotions vis-à-vis de ses pairs.

 

– Jeu théâtral, mime.

 

– Les langages de l’art : expression artistique et littéraire des émotions.

 

– Les conseils d’élèves.

 

–  Arts visuels : le portrait et l’autoportrait (connaissance de soi et des autres).

 

– Prendre conscience de son corps et du corps des autres à travers des activités de danse.

 

– Les racismes : avec des supports créés par des fondations et associations agréées par le ministère de l’éducation nationale.

 

– La situation de handicap et la pratique de l’inclusion scolaire.

 

– Arts visuels : Marianne, le drapeau national dans les œuvres d’art.

 

– Coopérer au sein d’un projet de classe.

 

– Accepter le partage des tâches dans des situations de recherche (grammaire, conjugaison, mathématiques…), de coopération (EPS, éducation musicale, arts visuels…) ou d’expérimentation (sciences).

 

– Chanter, en comprenant le contexte de leur écriture, quelques couplets de La Marseillaise.

 

1/b – Se situer et s’exprimer en respectant les codes de la communication orale, les règles de l’échange et le statut de l’interlocuteur. – Travail sur les règles de la communication.
2/a – Prendre soin de soi et des autres. – Le soin du langage : langage de la politesse.

– Le soin du corps, de l’environnement immédiat et plus lointain.

– Le soin des biens personnels et collectifs.

– L’intégrité de la personne.

2/b- Accepter les différences.

 

– Le respect des pairs et des adultes. Les atteintes à la personne d’autrui (racisme, antisémitisme, sexisme, xénophobie, homophobie, harcèlement…).

– Le respect des différences, interconnaissance, tolérance.

– La conscience de la diversité des croyances et des convictions.

3/a – Identifier les symboles de la République présents dans l’école. – Connaître les valeurs et reconnaître les symboles de la République française : le drapeau, l’hymne national, les monuments, la fête nationale.
3/b- Apprendre à coopérer. – Initiation aux règles de la coopération.
Le droit et la règle : des principes pour vivre avec les autres
Objectifs de formation

1. Comprendre les raisons de l’obéissance aux règles et à la loi dans une société démocratique.

2. Comprendre les principes et les valeurs de la République française et des sociétés démocratiques.

Connaissances, capacités

et attitudes visées

Objets d’enseignement Exemples de pratiques en classe, à l’école, dans l’établissement
1/a – Adapter sa tenue, son langage et son comportement aux différents contextes de vie et aux différents interlocuteurs. – Initiation à la distinction des registres de langue. – Élaboration des règles de vie de classe avec les élèves.

 

– Participation des élèves à l’élaboration des règles de la cour de récréation.

 

– Discussion à visée philosophique : les droits et les devoirs de l’élève.

 

– Conseils d’élèves (sens des règles, des droits et des obligations, sens des punitions et des sanctions).

 

– Discussion à visée philosophique : l’égalité de tous – élèves ou citoyens – devant la loi.

 

– Les droits égaux des garçons et des filles dans toutes les situations de la vie scolaire.

 

 

1/b – Respecter les autres et les règles de la vie collective. Participer à la définition de règles communes dans le cadre adéquat.

 

– Les règles de vie de la classe et de l’école.

 

– Les droits et les devoirs de l’enfant et de l’élève (la charte d’usage des Tuic de l’école (B2i-1), la Convention internationale des droits de l’enfant (Cide) : art. 2, 6, 9.

1/c – Comprendre que la règle commune peut interdire, obliger, mais aussi autoriser.

 

1/d- Connaître ses droits et les moyens de les faire valoir.

– Initiation au code de la route et aux règles de prudence, en lien avec l’attestation de première éducation à la route (Aper).

 

– Les différents contextes d’obéissance aux règles, le règlement intérieur, les sanctions.

1/e- Comprendre qu’il existe une gradation des sanctions et que la sanction est éducative (accompagnement, réparation…).

 

– Initiation au vocabulaire de la règle et du droit (règle, règlement, loi…).
2/- Connaître quelques principes et valeurs fondateurs d’une société démocratique.

 

 

 

 

 

– Les valeurs : la liberté, l’égalité, la laïcité.

– L’égalité de droit entre les femmes et les hommes.

– Les droits et les devoirs : de la personne, de l’élève, du citoyen (initiation) ; la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, art. 1, 4, 6.

Le jugement : penser par soi-même et avec les autres
Objectifs de formation

1. Développer les aptitudes à la réflexion critique : en recherchant les critères de validité des jugements moraux ; en confrontant ses jugements à ceux d’autrui dans une discussion ou un débat argumenté.

2. Différencier son intérêt particulier de l’intérêt général.

Connaissances, capacités et attitudes visées Objets d’enseignement Exemples de pratiques en classe, à l’école, dans l’établissement
1/a Exposer une courte argumentation pour exprimer et justifier un point de vue et un choix personnels. – Le choix, sa justification.

– Connaissance de quelques structures simples de l’argumentation (connecteurs et lexique).

– Les raisons qui font juger une action bonne ou mauvaise.

– Approche du juste, de l’injuste, du bien, du mal à partir de récits (mythes, contes) ou de situations de la vie de la classe.

 

– Dilemmes moraux adaptés à l’âge des enfants.

 

– Pratique de la discussion à visée philosophique autour de situations mettant en jeu des valeurs personnelles et collectives, des choix, ou à partir de situations imaginaires.

 

– Approche des préjugés et des stéréotypes à partir de situations de la vie de la classe ou de situations imaginaires tirées de récits, de contes ou d’albums de littérature de jeunesse. Organisation de débats réglés sur ces situations.

 

– Approche de la notion de laïcité à travers des exemples vécus ou des récits.

 

– Exercices de clarification des valeurs.

 

– Expression sur Internet.

1/b- S’affirmer dans un débat sans imposer son point de vue aux autres et accepter le point de vue des autres. – Les règles de la discussion en groupe (écoute, respect du point de vue de l’autre, recherche d’un accord…). Initiation aux règles du débat.

– Initiation à l’argumentation.

– Les préjugés et les stéréotypes.

1/c- Aborder la laïcité comme liberté de penser et de croire ou de ne pas croire. – Initiation aux différences entre penser, croire et savoir.
2/ – Différencier son intérêt particulier de l’intérêt général. – La notion de bien commun dans la classe et dans l’école.

– Les valeurs personnelles et collectives.

 

L’engagement : agir individuellement et collectivement
Objectifs de formation

1. S’engager et assumer des responsabilités dans l’école et dans l’établissement.

2. Prendre en charge des aspects de la vie collective et de l’environnement et développer une conscience citoyenne, sociale et écologique.

Connaissances, capacités et attitudes visées Objets d’enseignement Exemples de pratiques en classe, à l’école, dans l’établissement
1/a – Respecter les engagements pris envers soi-même et envers les autres.

S’impliquer dans la vie scolaire (actions, projets, instances…).

 

– L’engagement moral : la confiance, la promesse, la loyauté. – Sensibiliser les élèves à quelques grandes figures féminines et masculines de l’engagement (scientifique, humanitaire…).

 

– Associer les élèves à l’élaboration et à la mise en œuvre de projets.

 

– Engager les élèves dans des projets de concours proposés par l’éducation nationale

 

– Encourager les conduites d’entraide, par exemple le tutorat entre pairs, la coopération, la médiation par les pairs.

 

– Valoriser la prise de responsabilité dans la classe, l’école.

 

– Engager la classe dans des actions de solidarité ou en faveur de l’environnement.

 

– Favoriser les conduites altruistes, notamment dans le cadre du parcours citoyen.

1/b – Réaliser un projet collectif (projet de classe, d’école, communal, national…).

 

1/c – Coopérer en vue d’un objectif commun. – La coopération, l’entraide.

 

1/d – Expliquer en mots simples la fraternité et la solidarité. – Les valeurs : la fraternité, la solidarité.
2/a – Prendre des responsabilités dans la classe et dans l’école.

 

 

 

 

– La participation démocratique.

– La responsabilité.

– Le développement durable.

 

2/b – S’impliquer progressivement dans la vie collective à différents niveaux.

 

– Le secours à autrui : sens du discernement, en lien avec le dispositif et l’attestation « apprendre à porter secours » (APS).

Ressources pour le cycle 2

Quand j'entends, j'oublie. Quand je vois, je me souviens. Quand je fais, je comprends. (Confucius)