Influence de la télévision sur le langage

Le langage a une influence non négligeable dans le développement de l’intelligence.  On peut dire que le nombre de mots connus influe sur la façon de penser.  On ne peut pas penser de la même façon si l’on ne connaît que 1000 mots, ou si l’on en connaît 10 000. Car on pense uniquement avec les mots que l’on connaît. La pensée ne précède pas la mise en mots.

Le langage se développe dès la prime enfance.  Le nourisson est capable de reconnaître très tôt la voix de ses parents.  Il se construit dans le langage, en les entendant parler.  En communiquant avec eux.

Aux États-Unis, les étudiants doivent passer un test pour entrer à l’université. La partie verbale de ce test a montré une chute brutale de 10% du score obtenu entre la fin des années 60 et les années 1980. Ce score s’est stabilisé à ce niveau, depuis. Aucune des interprétations données (arrivée des noirs à l’université, des femmes, méthodes pédagogiques…) ne parvenaient à expliquer cette baisse.

Une psychologue a essayé de mettre en relation un élément étant intervenu chez ces étudiants lors du développement de leur  langage. En 10 ans, la télévision avait colonisé  98% des foyers américains. La courbe de présence d’un téléviseur dans les foyers, coïncide exactement avec cette chute brutale du score verbal de ces étudiants avec un retard qui correspond à l’intervalle de temps entre le développement de leur langage et leur arrivée à l’université.

On a vu apparaître depuis quelques années des chaines de télé spécialement destinées à des enfants très jeunes. Une chaine comme BabyFirst  du groupe Fox est arrivée en France en 2007 par l’intermédiaire du groupe CanalSat. Elle se définissait comme « l’outil ludo-éducatif que les parents attendaient ». Destinée pour des enfants agés entre 6 mois et trois ans elle se compose de programmes très courts (2 à 7 minutes), de couleurs vives, de mouvements plus lents et d’images simples, afin de capter l’attention des petits. Elle diffuse 24 heures sur 24, sept jours sur sept.

L’industrie audiovisuelle prétend qu’il est possible de développer la logique, le langage de l’enfant grâce à des programmes tv, des dvd, des jeux vidéos…

Une étude a pourtant montré que chez des enfants de10 à 12 mois le développement du langage ne se faisait pas de la même manière selon que l’on demandait aux parents de ne rien faire de spécifique, que l’on leur demandait d’apprendre aux enfants une liste de 25 mots ou bien que l’on leur passait un programme audiovisuel d’acquisition lexicale. Les enfants qui avaient suivi le programme audiovisuel  ont appris moins de mots que le groupe témoin.

L’apprentissage verbal est un processus extrêmement complexe qui se fait par un jeu d’imitation, le plus souvent entre la mère et son enfant.  L’enfant apprend dans cette relation, l’échange, le lexique, le développement de l’appareil phonatoire…

Un individu peut déceler avec une précision importante ce que regarde l’œil. La mère peut nommer les objets et vérifier que l’enfant regarde bien l’objet nommé. La télévision ne permet aucun échange et ne corrige pas les erreurs de l’enfant. Si elle nomme une table et que l’enfant regarde une chaise, cela va amener des perturbations dans les apprentissages.

La recherche montre qu’une heure de contenus éducatifs entre 8 et 16 mois se traduit par un appauvrissement du lexique de l’ordre de 10%.

Deux heures par jour d’exposition à la tv entre 15 et 48 mois multiplie par 3 le risque d’occurrence de retard du développement langagier. Il est multiplié par 6 si l’initiation a commencé avant l’âge de 1 an (même s’il s’agit de 5 minutes). Ce retard lexical est très difficile à rattraper plus tard: quand le train est passé, il est passé!

Ce qui est déterminant dans l’apprentissage du lexique, c’est le nombre de mots que l’enfant entend, et le nombre de mots qu’il prononce. Plus on monte dans l’échelle sociale et plus l’enfant entend de mots et est sollicité à parler. Le nombre de mots entendu par l’enfant avant trois ans peut prédire le QI qu’il aura à l’âge de 9 ans. Quand la tv est allumée, on ne parle pas à l’enfant, on ne joue plus avec lui. Quand on lui parle, il va entendre environ 13 500 mots; avec la télévision, il ne va plus en entendre que 10 000: il va y avoir dès lors un déficit lexical de l’ordre de 25%. Dans une famille, 70% des mots appris à l’enfant, viennent de la mère, 30% du père, car quand la télé est allumée, le père ne parle plus.

Les mots nous servent à penser. Nous ne pouvons pas penser de la même façon en ne maîtrisant ni la syntaxe ni le lexique.

Les études nous montrent que

On estime que ces durées sont certainement sous évaluées car ne sont pas prises en comptes les durées de présence devant l’écran chez la nourrice ainsi que consommations d’arrière plan.

Page précédente Page suivante

Quand j'entends, j'oublie. Quand je vois, je me souviens. Quand je fais, je comprends. (Confucius)